Chapitre 51 - Les engrenages de la haine

Le silence pesait lourd dans les couloirs du tombeau alors que les survivants se recueillaient devant les corps de leurs compagnons tombés. Le noble Zaal, fidèle minotaure, et l'énigmatique Clain avaient succombé aux dangers de la tombe. Après avoir rendu un dernier hommage à leurs camarades, le groupe entama sa descente vers les profondeurs par l'escalier secret.

L'escalier les mena jusqu'à une zone de mouillage taillée dans la pierre. Une colonne massive s'étirait du fond d'un lac souterrain jusqu'au plafond de la caverne, reliée à une paroi proche par un conduit de pierre. Des marches couvertes de mousse montaient depuis un quai où deux canots étaient amarrés. Une cage de fer rouillée se balançait au-dessus de l'eau trouble, maintenue par une chaîne et un treuil. Dans les profondeurs, des crabes phosphorescents émettaient une faible lueur verdâtre.

Oscar prit l'initiative d'explorer les profondeurs, s'installant dans la cage de plongée qui descendit en grinçant dans les eaux sombres. À peine immergé, une masse imposante fonça vers lui - un aboleth, créature ancestrale dont la présence majestueuse était à peine dissimulée par les eaux troubles.

Contre toute attente, la créature engagea la conversation, sa voix résonnant directement dans l'esprit d'Oscar. Sa requête était simple : de la nourriture. "Je reviendrai", promit Oscar, remontant rapidement à la surface. Le groupe s'empressa de rassembler des cadavres qu'ils jetèrent à l'eau. L'aboleth les dévora avidement avant de disparaître dans les profondeurs, indifférent aux tentatives suivantes d'Oscar d'établir un dialogue.

Leur exploration les conduisit ensuite dans une vaste salle pentagonale aux murs couverts de plaques de métal rivetées. Un jardin sauvage aux plantes maladives et au compost pourrissant occupait la majeure partie de l'espace, tandis qu'un étroit sentier longeait les murs. Au centre, un arroseur rouillé se dressait, relié à un conduit montant vers le plafond.

Plus loin, ils découvrirent une autre salle similaire, où une puanteur acide régnait. Des frises ornées de dragons bordaient les murs juste sous le plafond, leurs gueules ouvertes révélant de petits orifices menaçants. Une grande flaque de mucus gris maculait le sol grêlé de trous.

Dans une alcôve, ils trouvèrent un squelette tenant une clé octogonale. NybarG, fidèle à son impétuosité, chargea la créature, la réduisant en poussière avant de s'emparer de la clé.

Ils atteignirent ensuite une salle de contrôle où un pupitre de fer dominait l'espace. Le panneau incliné arborait un levier doré à la poignée en forme d'étoile, deux cadrans et deux boutons colorés. Derrière le panneau, des gravures murales représentaient cinq configurations différentes, chacune surmontée d'un petit cristal.

La progression était rendue difficile par la présence de flaques de mucus grisâtre. Après les avoir franchies tant bien que mal, la situation dégénéra rapidement. Dans un accès de rage, NybarG frappa le panneau de contrôle, déclenchant une violente décharge d'arcs électriques. Oscar, exaspéré, gifla le barbare.

"Plus jamais tu ne me touches," gronda NybarG, s'éloignant pour rejoindre Kerlam'halaha et Corrin. À la question inquiète de la sorcière sur ce qui s'était passé, il répondit sèchement : "Rien du tout."

La découverte d'un passage secret les mena à une salle impressionnante qui abritait un appareil de bronze monté sur un bras articulé. Un globe de trois mètres de diamètre tournait lentement, orné d'une carte topographique détaillée des terres et des océans. Des cercles de laiton concentriques l'entouraient, chacun portant ses propres sphères, dont l'une, hérissée de pointes, évoquait un soleil menaçant. Les murs étaient décorés de gravures représentant d'inquiétants humanoïdes sans tête.

À peine Oscar s'était-il approché de la sphère qu'un nycaloth surgit, son rire maléfique résonnant dans la pièce. Le combat qui s'ensuivit fut brutal. Lukanu frappa avec son épée à deux mains, tandis que Corrin lançait son sort de Fléau. Oscar invoqua un trident spectral qui dansa dans les airs, harcelant la créature. Kerlam'halaha ajouta ses sorts au chaos, mais le nycaloth se concentra sur NybarG, le frappant violemment de sa hache.

Les coups réveillèrent la malédiction qui sommeillait en NybarG. Ses yeux s'injectèrent de sang alors que la folie du berserker s'emparait de lui. Dans sa rage, il porta des coups dévastateurs au nycaloth qui, gêné par le sort de métal brûlant d'Oscar, finit par s'écrouler.

La victoire fut de courte durée. Le groupe dut maintenant faire face à NybarG, perdu dans sa frénésie meurtrière. Corrin réagit rapidement, immobilisant le barbare d'un sort.

Face au regard interrogateur de Lukanu, les autres entreprirent d'expliquer la malédiction qui affligeait leur compagnon. La hache du berserker, une arme maudite, avait fait de NybarG son esclave, le transformant régulièrement en une machine à tuer incontrôlable.

"Il nous faut sortir," décida Oscar, "et revenir quand il aura retrouvé ses esprits." Le groupe acquiesça, conscient que les dangers du tombeau n'étaient pas tous d'origine surnaturelle - parfois, la plus grande menace venait de leurs propres démons intérieurs.