Au matin, après un repos qui avait restauré leurs forces, les aventuriers descendirent l'escalier qui menait aux profondeurs du tombeau. Ils émergèrent dans une salle au plafond en voûte de six mètres de haut. De la fumée verte s'échappait en volutes d'un chaudron de bronze posé au milieu de la pièce. À travers la fumée, on apercevait à peine trois chaises à bascule, plusieurs établis sur lesquels étaient entassés des articles de mercerie, un rouet, et une cage en fer rouillé. Des balcons s'élevaient à trois mètres au-dessus du sol de chaque côté. Dans le coin sud, une grande porte verte de pierre était visible, ornée de squelettes de gobelins grimaçants. Une bande de pierre lisse courait sur toute la largeur, enchâssant cinq symboles dorés : un triangle, un carré, un pentagone, un hexagone et un octogone.
Mais ce qui attira immédiatement leur attention fut les trois minuscules silhouettes qui se dandinaient dans leur direction en traversant la fumée. La première était une poupée de paille grossière hérissée d'aiguilles rouillées plantées dans son corps frêle. Ses bras déchiquetés pendaient de façon irrégulière, et son visage était constitué de deux boutons noirs cousus de travers en guise d'yeux et d'une simple entaille pour la bouche. Des brins de paille s'échappaient de ses coutures, lui donnant un aspect négligé et douloureux.
La seconde était un enfant sans visage modelé dans l'argile grise. Sa surface lisse et froide était ornée de minuscules runes gravées dans sa peau d'argile. Il se mouvait de façon saccadée, comme si chaque mouvement exigeait un effort considérable, et là où aurait dû se trouver son visage, il n'y avait qu'une surface vierge et inquiétante. Parfois, il levait une main tremblante vers cette surface vide, comme pour dessiner des traits qui lui manquaient cruellement.
La troisième était particulièrement grotesque : un singe empaillé dont la partie inférieure du corps avait été remplacée par un monocycle. Son pelage brun-doré, autrefois lustré, était maintenant terne et parsemé de zones dénudées, et ses yeux de verre jaunes reflétaient la lueur des flammes avec un éclat malsain. Les coutures qui maintenaient le petit corps sur le monocycle étaient manifestement douloureuses, car la créature tressaillait à chaque rotation des rouages.
"Vous devez fuir au plus vite !" murmura la poupée de paille d'une voix qui ressemblait au bruissement des feuilles mortes. "Les Sœurs couturées seront de retour d'un moment à l'autre !"
Dans un coin de la pièce, NybarG découvrit une horreur qui glaça le sang du groupe : les restes déchiquetés de ce qui semblait être Clain. Des morceaux de vêtements, reconnaissables malgré leur état, gisaient à côté d'ossements partiellement rongés. Plusieurs clés métalliques étaient dispersées parmi les débris, celles que Clain avait en sa possession.
"Il y a quelqu'un d'autre ici," murmura NybarG, désignant une silhouette recroquevillée dans l'ombre.
En s'approchant, Corrin découvrit une cage de fer rouillée. À l'intérieur se trouvait une version réduite de Clain – plus petite, émaciée, les joues creusées par la maladie ou la faim. Le sosie, prisonnier derrière les barreaux, leva un regard vide vers lui.
"Qui... êtes-vous ?" demanda la créature d'une voix qui n'était qu'un pâle écho de celle de Clain.
Les poupées s'affaissèrent davantage. "Un morceau de lui, juste un morceau," murmura l'une d'elles avec dégoût. "Elles prennent et transforment ce qui ne leur appartient pas."
Les poupées expliquèrent alors d'une voix accablée qu'elles étaient contraintes de servir le cercle des guenaudes couturées, une assemblée de trois guenaudes nocturnes fidèles à Acérérak. À contrecœur, elles révélèrent que les sorcières prenaient soin d'une créature tapie de l'autre côté de la porte aux squelettes et protégeaient quelque chose appelé l'Exacteur d'âmes.
"Cinq clefs-squelettes sont nécessaires pour déverrouiller la porte," expliqua tristement l'une d'elles. "Chaque clef ressemble à un squelette animé dont le haut du crâne a la forme d'une clef. Avant de pouvoir les utiliser, les cinq serrures doivent être accessibles. Les cinq salles attenantes contiennent des épreuves qu'il faut surmonter pour révéler les cinq trous de serrure."
La première porte qu'ils ouvrirent, marquée d'un triangle, menait à une salle dont le sol était couvert d'un motif triangulaire. Contre le mur du fond, un cylindre de verre d'un mètre cinquante de diamètre montait jusqu'au plafond, rempli d'une lumière étrange. Un minuscule trou triangulaire était taillé dans le verre, à un mètre cinquante du sol. À l'intérieur du cylindre, sur le sol, était fiché un levier de fer sur une plaque de métal.
Pour atteindre le levier, les aventuriers devaient trouver un moyen d'entrer dans le cylindre ou de le contourner. Malgré leurs efforts, aucune solution évidente ne se présentait. Ils examinèrent le cylindre de verre sous tous les angles, mais le trou triangulaire était bien trop petit pour y passer un bras ou un outil.
Après plusieurs tentatives infructueuses, ils décidèrent de laisser temporairement cette énigme de côté et d'explorer les autres salles. Ils n'avaient pas encore compris comment actionner ce levier enfermé dans le cylindre, mais ils y reviendraient plus tard avec, peut-être, une nouvelle perspective. C'est alors que Corrin et NybarG entendirent un rire étouffé.
Ils entrèrent ensuite dans une salle aux murs couverts de tapisseries rouges. Un délicieux arôme de viande épicée les accueillit. Un festin composé de sanglier rôti, de soupe de courges et de plusieurs gâteaux glacés était posé sur trois tables. Des pichets de bière mousseuse complétaient le banquet.
Un homme émacié dans un costume noir et poussiéreux disposait des gâteaux sur une table. Le serviteur silencieux, que les poupées avaient identifié comme Monsieur Fil-en-aiguille, le majordome des Sœurs couturées, les remarqua et fit un geste pour les inviter à s'approcher et goûter la nourriture. Il ne prononça pas un mot, mais les convia par gestes à prendre place.
Une sensation étrange s'empara d'eux tandis qu'ils mangeaient. Seul Lukanu, qui s'était abstenu, ressentit la malédiction l'effleurer. Corrin, réagissant promptement, utilisa un sort de restauration supérieure pour lever l'enchantement naissant.
Ils tentèrent ensuite de nourrir le sosie de Clain, mais celui-ci, trop faible ou trop méfiant, refusa toute nourriture.
La porte suivante les conduisit dans une pièce hexagonale où six bougies étaient disposés selon un motif précis devant un grand miroir. Oscar découvrit une sixième bougie cachée, l'alluma et prononça les mots "cochons, cochons, cochons" – une phrase présente au dessus du miroir. L'image d'un levier apparu dans le miroir. Oscar comprit le piège : le levier n'existait que dans le reflet. Après plusieurs essais, il parvint à l'atteindre avec une corde, débloquant la serrure hexagonale.
Pendant ce temps, NybarG explorait la salle du festin. Dans les motifs géométrique une tenture, il découvrit une bouche de diable sculptée. Il parvient à faire passer son bras dans la bouche et à travers la tenture pour trouver un levier dissimulé qui déverrouilla la serrure pentagonale.
Kerlam'halaha, Corrin et Lukanu retournèrent à la première salle triangulaire. La sorcière eut un éclair de génie : elle invoqua un serviteur invisible et lui ordonna d'actionner le levier caché, débloquant ainsi la serrure triangulaire.
L'énigme du carré les mena dans une pièce où des parchemins volaient dans les airs comme des oiseaux effarouchés. Chacun parvint à attraper une feuille, sauf Corrin qui échoua. Les parchemins se désintégrèrent en poussière, formant un méphite qui les attaqua avec férocité.
"Insecte farci !" hurla la créature vers Corrin, qui sentit son poids augmenter sous l'effet d'une malédiction. Malgré ce handicap, le groupe vainquit rapidement le méphite, qui laissa derrière lui une craie noire.
Corrin eut l'intuition de dessiner un carré au-dessus du levier avant de l'actionner, débloquant la serrure carrée.
Il ne restait maintenant plus qu'une énigme avant d'ouvrir la grande porte de la salle principale.