Les aventuriers franchirent la porte aux squelettes et descendirent un large escalier de marbre noir et poli. À chaque pas, le grondement sourd de mécanismes anciens s'intensifiait, résonnant dans leurs os comme le battement d'un cœur malade.
Ils émergèrent dans une vaste salle triangulaire dont les balcons croulants surplombaient un bassin de lave incandescente. Des alcôves tapissées d'ossements ornaient les murs, témoins silencieux d'innombrables sacrifices. Lukana s'approcha de l'une d'elles et tomba à genoux - elle avait reconnu les restes de ses frères d'armes, disparus depuis longtemps dans ces profondeurs maudites. Un murmure de prière s'échappa de ses lèvres tandis que son regard se durcissait, promettant une vengeance imminente.
Au centre de la salle, suspendu au-dessus du bassin de lave par trois étais massifs en adamantium, se dressait un énorme cylindre de cristal - l'Exacteur d'âmes. Des formes spectrales tourbillonnaient à l'intérieur, âmes captives hurlant silencieusement leur douleur. Quatre longs tentacules frétillaient sur le couvercle du cylindre, cherchant sans cesse de nouvelles proies.
Plus terrifiant encore, une monstruosité desséchée de la taille d'un éléphant flottait près du cylindre. Son corps était humide et difforme, ses bras et jambes atrophiés, et une matière noire et visqueuse suintait de sa tête hypertrophiée. Un cordon ombilical entortillé le reliait à l'Exacteur d'âmes, pulsant d'une énergie malsaine.
"L'atropal," murmura Oscar, les yeux écarquillés d'horreur. "Un dieu mort-né."
Il examina les étais d'adamantium soutenant l'Exacteur d'âmes, son esprit analysant rapidement leur structure. "Ces piliers... ils maintiennent l'artefact au-dessus de la lave. Si nous en détruisons un..."
"Alors nous détruisons tout," compléta Corrin.
Oscar tenta de communiquer avec l'atropal, espérant peut-être trouver une solution pacifique, mais seul un gargouillement inhumain lui répondit - un son qui évoquait des milliers d'âmes souffrant simultanément.
"Il faut attaquer les tentacules," affirma NybarG, sa hache frémissant dans ses mains.
Oscar s'approcha prudemment et effleura l'un des appendices, qui se rétracta brusquement. NybarG insista, son instinct de guerrier lui dictant la marche à suivre : "Les tentacules sont sa défense. Il faut les éliminer."
Pendant ce temps, Corrin et Oscar explorèrent les balcons où reposaient des urnes, des coffrets et des réceptacles ornés de symboles funestes. Oscar comprit immédiatement leur nature.
"Des phylactères," souffla-t-il. "Les réceptacles qui contiennent les âmes des liches. Acérérak garde ici les phylactères de ses disciples."
Corrin en dénombra vingt-huit et les rassembla dans son sac sans fond.
Kerlam'halaha, toujours ingénieuse, lança un sort de pattes d'araignée et grimpa jusqu'à un portail de brume qui scintillait dans le mur nord. Elle y envoya son familier arachnide en éclaireur, qui revint quelques instants plus tard. La magicienne rapporta à ses compagnons l'existence d'une chapelle gardée par d'étranges créatures à l'œil unique - des nothics. Plus important encore, un sac mortuaire y reposait sur un autel.
Usant de sa magie, Corrin adopta une forme éthérée et rejoignit Kerlam'halaha à travers le portail. Ensemble, ils ouvrirent le sac et découvrirent, à leur grande surprise, Artus Cimber, inconscient, prisonnier d'un sortilège des guenaudes. Corrin détermina qu'il fallait de l'eau bénite pour le réveiller et entreprit de la préparer, un processus qui prendrait une heure.
Lorsqu'Artus revint enfin à lui, il fut rapidement mis au courant de la situation par Kerlam'halaha. L'explorateur légendaire, apprenant la perte de ses compagnons Evendur et Clain, et l'absence de Chair-à-dragon, serra les poings avec détermination.
"Quel est votre plan pour détruire cette monstruosité ?" demanda-t-il.
"Je pense qu'il faut soit détruire l'Exacteur d'âmes, soit un étai, soit tuer cette créature difforme," répondit Kerlam'halaha. "Plus le temps passe, plus il mange des âmes qui sont perdues à tout jamais."
Le moment était venu de passer à l'action. Lukana décocha deux flèches qui touchèrent l'atropal mais semblèrent n'avoir aucun effet. NybarG, sans hésitation, se rua vers l'un des étais et y asséna un coup dévastateur. Le pilier d'adamantium, pourtant réputé indestructible, commença à se fissurer.
La bataille s'engagea véritablement. Artus décocha trois flèches, aussi inefficaces que celles de Lukana. Corrin invoqua une bénédiction sur NybarG, Oscar et Lukana, renforçant leurs capacités. Oscar enchanta sa masse d'arme d'une magie élémentaire tandis que Kerlam'halaha libérait une boule de feu qui enveloppa l'atropal.
Furieux, l'atropal répliqua. Un jet de givre frappa Lukana de plein fouet tandis que les tentacules se déchaînaient contre NybarG. Malgré cela, les héros tenaient bon. Lukana trancha l'un des tentacules d'un coup précis, bientôt imitée par NybarG qui en sectionna un second.
Un spectre apparut soudain, invoqué par l'atropal - une âme en peine venue défendre son maître. Artus, comprenant l'urgence de la situation, demanda à Kerlam'halaha de l'aider à rejoindre les autres, souhaitant utiliser son arme magique au corps à corps.
La bataille prenait une tournure désespérée. Corrin tenta de soigner le groupe mais découvrit avec horreur que l'aura malsaine de l'atropal annulait toute magie curative. Il invoqua un gardien de la foi qui frappa la créature avec une force divine. Oscar, à son tour, tenta d'endommager l'étai, mais sa masse glissa sur la surface polie.
Kerlam'halaha surprit tout le monde en sortant un luth et lançant une inspiration bardique à NybarG. Personne n'avait su qu'elle avait développé des talents de barde.
L'atropal, sentant le danger, redoubla d'efforts. Ses tentacules fustigèrent NybarG, mais les deux derniers furent rapidement sectionnés par Lukana et le barbare. Artus se jeta sur l'âme en peine, criant aux autres de concentrer leurs attaques sur l'étai.
Corrin, dans sa forme éthérée, tenta de neutraliser l'atropal avec une potion de forme gazeuse, sans succès. Oscar frappa encore l'étai, mais son arme glissa à nouveau. C'est alors que Kerlam'halaha, rassemblant toute sa puissance arcanique, projeta une sphère de vitriol si puissante que l'étai commença à fondre.
L'atropal, sentant la menace, lança un rayon de givre glacial vers la magicienne, puis un rayon noir qui aspira l'énergie vitale d'Oscar. Le gardien de la foi de Corrin frappa néanmoins l'atropal en pleine poitrine.
La situation se compliqua davantage quand NybarG, submergé par sa malédiction, se retourna contre Lukana, la blessant grièvement. Pendant ce temps, Lukana et Artus maintenaient l'âme en peine à distance, tandis que Corrin tentait sans succès d'immobiliser NybarG.
Oscar, inébranlable, poursuivait son assaut contre l'étai. C'est alors que Kerlam'halaha, dans un acte de bravoure qui marquerait à jamais les mémoires, lança une seconde sphère de vitriol plus puissante encore que la première.
Il y eut un craquement assourdissant. L'étai d'adamantium, attaqué sans relâche, céda enfin.
Ce qui suivit fut d'une violence inouïe.
Le cylindre de cristal bascula brutalement, déséquilibré par la perte d'un support. Les deux étais restants, soumis à une tension insoutenable, explosèrent en fragments meurtriers. L'Exacteur d'âmes plongea dans la lave en contrebas avec un fracas apocalyptique.
Le cristal millénaire éclata au contact du magma, libérant une tempête d'âmes. Des milliers de points lumineux jaillirent dans toutes les directions, tourbillonnant comme une tornade d'étoiles. Ils s'élevèrent en spirale vers le plafond, émettant une lumière si pure, si éclatante, que tous durent se protéger les yeux. L'intensité lumineuse augmenta jusqu'à devenir insoutenable, puis explosa en un flash aveuglant.
Lorsque la vision des aventuriers se rétablit, les âmes avaient disparu, libérées de leur prison éternelle, parties rejoindre leurs destinations d'origine dans l'au-delà.
L'atropal, privé de sa source de nourriture, poussa un hurlement strident – une plainte déchirante qui résonna avec une telle puissance psychique que Lukana et NybarG durent mobiliser toute leur volonté pour y résister. La créature, désespérée, lança un rayon de froid vers Artus, tandis que l'âme en peine redoublait ses attaques.
La bataille était loin d'être terminée. NybarG, encore sous l'emprise de sa malédiction, s'acharna sur Lukana puis sur Oscar, lui assénant deux coups de hache si violents que le clerc s'effondra, inconscient.
Artus, vétéran de mille batailles, lança une sphère glacée d'Otiluke qui enveloppa partiellement l'atropal, gelant sa chair malsaine. Corrin invoqua une prière de guérison qui raviva les forces de tous, permettant à Oscar de se relever. Le gardien de la foi frappa à nouveau l'atropal tandis qu'Oscar, chancelant, invoquait des esprits gardiens autour de lui.
Kerlam'halaha, déterminée à mettre fin à la folie destructrice de NybarG, lança un fou rire de Tasha. Le barbare s'effondra, secoué d'un rire incontrôlable, temporairement neutralisé.
L'atropal, dans un dernier effort désespéré, dirigea son rayon de froid et son absorption de vie contre NybarG. Lukana continuait d'attaquer la créature, mais ses flèches semblaient toujours sans effet.
Artus lança une deuxième sphère glacée tandis que Corrin invoquait un autre gardien de la foi. L'atropal, affaibli et assiégé de toutes parts, vacillait.
Ce fut Kerlam'halaha qui porta le coup final. Rassemblant les dernières étincelles de sa magie, elle projeta une boule de feu d'une puissance inouïe qui engloutit l'atropal. La créature difforme se tordit dans les flammes, son corps se désagrégeant en lambeaux noircis. Un dernier hurlement – non pas de rage mais d'un soulagement torturé – s'échappa de sa forme mourante avant qu'elle ne se dissolve complètement.
Le silence retomba dans la chambre. Un moment de calme, comme si le monde entier reprenait son souffle.
Puis, une silhouette apparut sur le balcon sud.
Un squelette enveloppé d'une robe moisie, un bâton surmonté d'un crâne à la main. Dans ses orbites vides brûlaient deux points de lumière blanche animés d'une haine millénaire. Une sphère de ténèbres absolues flottait à ses côtés – une sphère d'annihilation, arme capable de détruire la matière elle-même.
Acérérak, l'archiliche, était venu réclamer vengeance.
Sa voix résonna comme du verre brisé, chargée d'un pouvoir transcendant les âges : "Pitoyables mortels. Vous avez détruit mon œuvre, mais vous n'avez fait que retarder l'inévitable."
Il leva son bâton, le Bâton de l'Oublié, et pointa un doigt squelettique vers celle qui avait porté le coup fatal à l'atropal.
"Toi, la première."
Un rayon d'énergie nécrotique jaillit de sa main osseuse et frappa Kerlam'halaha en pleine poitrine. La magicienne n'eut même pas le temps de crier. Son corps s'affaissa, comme vidé de toute vie, et elle s'effondra sur le sol, morte instantanément.
Le rire de la liche emplit la chambre – un son qui promettait que ce n'était que le début de leur souffrance.